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  • TotalEnergies Ă  79 € : vous pariez sur le Brent, rien d’autre

    TotalEnergies Ă  79 € : vous pariez sur le Brent, rien d’autre

    Une seule variable compte

    TotalEnergies logo

    TotalEnergies cote 79,42 €. Il y a cinq semaines, avant le lancement de l’opération Epic Fury par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, le titre s’échangeait autour de 57-60 €. La hausse depuis le 1er janvier atteint 37 %. Sur la même période, le Brent est passé d’environ 70 $ à 109 $, après la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran et la mise hors circuit d’environ 20 % du commerce maritime mondial de pétrole.

    Où va le baril de Brent ? La réponse dépend d’un dénouement géopolitique qu’aucun modèle financier ne peut anticiper.

    Le Brent explique 100 % de la création de valeur

    La sensibilité du cash-flow de TotalEnergies tourne autour de 3 milliards de dollars par tranche de 10 $/baril sur le Brent. À 109 $, cela représente 10 à 12 milliards de dollars de cash-flow annuel supplémentaire par rapport à la moyenne de l’exercice 2025, autour de 75 $/baril. Même en tenant compte des 15 % de production arrêtés en Irak, au Qatar et aux Émirats depuis mi-mars, l’effet net sur le cash-flow reste largement positif. La direction a confirmé qu’une hausse de 8 $/baril du Brent suffit à compenser l’intégralité des pertes de cash-flow liées au Moyen-Orient.

    Le cours reflète cette arithmétique. Avant la guerre, TotalEnergies était valorisé pour un Brent dans la fourchette 70-80 $ et cotait entre 57 et 60 €. À 79 €, le marché intègre un Brent durablement installé entre 90 et 100 $. Le consensus des analystes à 74,97 € est obsolète : la plupart de ces objectifs datent d’avant le 28 février.

    La question est donc binaire. Si vous pensez que la guerre maintient le Brent au-dessus de 100 $ pendant six mois ou plus, TotalEnergies peut atteindre 90-95 €. Si vous pensez qu’un cessez-le-feu rouvre Ormuz et ramène le Brent vers 70-80 $, le titre corrige à 55-65 €. Soit une baisse de 15 à 25 % par rapport aux niveaux actuels.

    Quatre scénarios, une seule variable

    Le consensus actuel peut se résumer à quatre trajectoires possibles :

    Scénario 1 : Guerre prolongée, sans escalade (Brent 110-130 $). Le conflit s’enlise sur six mois ou plus. Ormuz reste partiellement fermé. L’offre de pétrole reste contrainte. TotalEnergies profite de prix élevés sur 85 % de sa production, tandis que sa salle de marché continue de tirer profit des cargaisons déstabilisées du Moyen-Orient (déjà plus d’1 Md$ de gains sur 70+ cargaisons en situation de détresse). Juste valeur : 90-95 €, soit 13 à 20 % de hausse.

    Scénario 2 : Cessez-le-feu dans les trois mois (Brent 80-90 $). Une résolution diplomatique rouvre Ormuz. Les prix du pétrole reculent, mais restent au-dessus des niveaux d’avant-guerre en raison des dommages aux chaînes d’approvisionnement et du restockage. Le titre rend l’essentiel de sa prime de guerre. Juste valeur : 65-75 €, soit 6 à 18 % de baisse.

    Scénario 3 : Résolution rapide, réouverture complète d’Ormuz (Brent 70-80 $). Fin rapide des hostilités. Les marchés pétroliers se normalisent. TotalEnergies retrouve sa fourchette de valorisation d’avant-guerre, même si les tensions sur l’offre de GNL pourraient persister. Juste valeur : 55-65 €, soit 18 à 31 % de baisse.

    Scénario 4 : Escalade, pétrole à 150 $+ (Brent 130-150 $+). Le conflit s’étend. Les dommages physiques aux infrastructures du Golfe augmentent. Le pétrole dépasse 130 $. TotalEnergies profite du prix, mais fait face à des risques croissants de destruction d’actifs en Irak et aux Émirats, ainsi qu’à une taxation des superprofits quasi certaine de la part de l’UE. Au-delà de 130 $ le baril, le contexte macroéconomique se dégrade rapidement : la BCE a déjà suspendu ses baisses de taux, les prévisions d’inflation remontent, et la destruction de la demande en Europe et en Asie devient une contrainte réelle.

    Le parallèle avec les années 1970 mérite d’être rappelé : les pétrolières ont prospéré dans la première phase de la crise, avant de souffrir de la récession qui a suivi. Juste valeur : 95-110 €+, soit 20 à 39 % de hausse, mais avec une variance élevée et un risque de queue significatif lié aux pertes d’actifs et au ralentissement économique mondial.

    Pourquoi TotalEnergies se distingue de la concurrence

    TotalEnergies se différencie de Shell, BP et Equinor sur plusieurs points structurels.

    L’activité de trading intégré est un avantage compétitif en temps de crise. Shell et BP disposent aussi de salles de marché, mais TotalEnergies a exploité la perturbation d’Ormuz de manière plus agressive que n’importe lequel de ses concurrents. L’entreprise a acheté plus de 70 cargaisons de brut en détresse au rabais auprès des Émirats et d’Oman sur le seul mois de mars (le double du rythme de février), pour les revendre sur un marché à 109 $+. Résultat : plus d’un milliard de dollars de profit de trading. Les acteurs purement upstream comme Equinor ne peuvent pas reproduire ce type d’opération.

    Le portefeuille GNL profite de la crise. Les opérations de North Field au Qatar sont à l’arrêt, retirant une part significative de l’offre mondiale de GNL. Les prix du gaz européen (TTF) ont doublé, passant de 30-35 €/MWh avant la guerre à 50-70 €/MWh. Les volumes GNL hors-Qatar de TotalEnergies (Australie, Nigeria, États-Unis) se vendent sur un marché en pénurie d’offre. L’entreprise est le troisième négociant mondial de GNL avec 43,9 Mt de ventes annuelles. BP (portefeuille GNL plus petit) et Shell (sourcing moins diversifié) ne couvrent que partiellement cet avantage.

    85 % de la production se situe hors de la zone de conflit. Les actifs moyen-orientaux de TotalEnergies (Irak, Qatar, offshore Émirats) représentent environ 15 % de la production totale et seulement 10 % du cash-flow upstream, du fait d’une fiscalité locale plus élevée. Les 85 % restants, au Brésil, en Afrique de l’Ouest, en Mer du Nord et dans les Amériques, produisent à pleine capacité dans un Brent à 109 $. Equinor, concentré sur la Norvège, bénéficie des prix élevés mais n’a ni la diversification ni l’avantage trading. Le bilan de BP est plus fragile (pas de notation A+) et son portefeuille upstream moins productif.

    Le bilan peut encaisser un scénario défavorable. Notation A+ (S&P), dette/EBITDA de 1,2x, point mort du dividende à 25 $/baril, et plus de 25 milliards de dollars de liquidités. Si le Brent retombait soudainement à 70 $, le cours de l’action en souffrirait, mais l’entreprise peut financer ses opérations, ses investissements et son dividende à ce niveau sans puiser dans ses lignes de crédit. Le dividende de 3,40 €/action (rendement de 4,3 %) reste couvert dans tous les scénarios, sauf celui d’un Brent durablement sous 40 $, que personne n’anticipe.

    Ce qui pourrait mal tourner au-delĂ  du Brent

    Deux risques structurels méritent d’être mentionnés, même dans une thèse centrée sur le Brent.

    Le retard de North Field au Qatar est un vrai problème. L’expansion de North Field East était le pilier de la stratégie de croissance GNL de TotalEnergies (6,25 % dans NFE plus 9,375 % dans North Field South, environ 3,5 Mtpa de volumes equity combinés à pleine capacité, premier GNL attendu fin 2026). QatarEnergy a évoqué des dommages aux infrastructures nécessitant jusqu’à cinq ans de réparations. Si cette estimation se confirme, l’objectif de croissance de 70 %+ du cash-flow GNL d’ici 2030 est sérieusement compromis. Ces dommages sont structurels et persistent quel que soit le niveau du pétrole.

    Le risque de taxe sur les superprofits est élevé. L’UE a imposé une taxe sur les superprofits des énergéticiens en 2022, quand le pétrole a flambé après l’invasion de l’Ukraine. Avec un Brent à 109 $, la pression politique pour une répétition est forte. La France, siège de TotalEnergies, est particulièrement exposée. Une surtaxe de 20 à 30 % pourrait amputer les résultats 2026 de 2 à 4 milliards de dollars. Ce risque augmente chaque mois où le pétrole reste au-dessus de 100 $.

    Mon avis : ne pas acheter à 79 €

    TotalEnergies est la meilleure major pétrolière européenne. Ce n’est pas pour autant un achat à ce prix.

    À 79 €, le titre a déjà intégré les bonnes nouvelles. La hausse de 37 % depuis janvier suit presque parfaitement celle du Brent. Les profits du trading, la manne GNL, la solidité du bilan : le marché voit tout. Le cours actuel implique que le Brent reste dans la zone 90-100 $ durablement. Acheter ici, ce n’est pas acheter TotalEnergies l’entreprise. C’est acheter la poursuite de la guerre en Iran.

    Regardez les quatre scénarios sous l’angle de l’espérance de gain, pas seulement de la direction. Le scénario de guerre prolongée (Brent 110-130 $) offre 13 à 20 % de hausse. Les deux scénarios de désescalade impliquent 6 à 31 % de baisse. Le scénario d’escalade affiche 20 à 39 % de hausse sur le papier, mais s’accompagne d’un risque de taxe sur les superprofits (2-4 Md$ d’impact sur les résultats) et de destruction physique d’actifs en Irak, au Qatar et aux Émirats. Un seul des quatre scénarios offre une hausse nette depuis 79 €. C’est un mauvais pari à n’importe quel prix, et un pari terrible à proximité des plus hauts historiques.

    L’asymétrie s’aggrave quand on intègre le facteur temps. Les dénouements géopolitiques sont binaires et soudains. Une annonce de cessez-le-feu, une réouverture d’Ormuz, un canal diplomatique : n’importe lequel de ces événements peut se matérialiser un week-end et envoyer le titre à 65 € le lundi. Les scénarios haussiers, en revanche, nécessitent des mois de conflit soutenu pour se réaliser. Vous payez du temps que vous n’aurez peut-être pas.

    Ma position : rester à l’écart à 79 €. Attendre 65-70 €.

    Un repli vers cette zone (prise de bénéfices, désescalade partielle, rumeur de cessez-le-feu) change complètement l’équation. À 65-70 €, vous obtenez un rendement de 4,5 à 5 %, une marge de sécurité contre une résolution du conflit, et une exposition à une entreprise qui reste la meilleure de son secteur quel que soit le prix du pétrole. Le modèle intégré, le portefeuille GNL, le ROCE de 12,6 %, le bilan noté A+ : rien de tout cela ne disparaît à un prix plus bas. Vous l’obtenez simplement moins cher.

    Pour les actionnaires existants, conserver est défendable. Le dividende est solide avec un point mort à 25 $/baril, le trading génère des profits exceptionnels, et la qualité de l’entreprise parle d’elle-même. Vendre dans la force pour verrouiller un gain de 37 % et revenir plus bas est tout aussi défendable.

    En résumé : TotalEnergies est la bonne entreprise dans ce secteur. 79 € n’est pas le bon prix. Le titre, c’est une prime de guerre posée sur un excellent business, et les primes de guerre disparaissent plus vite qu’elles ne se construisent. Pour d’autres analyses, consultez notre revue ASML.


    Avertissement

    Ceci est un article d’opinion, pas un conseil en investissement. L’analyse reflète les vues personnelles de l’auteur au 5 avril 2026, fondées sur des informations publiques. La situation au Moyen-Orient évolue rapidement et les faits peuvent avoir changé entre la rédaction et la lecture.

    L’auteur n’est ni conseiller financier agréé, ni courtier, ni analyste. Ce rapport ne constitue pas une recommandation d’achat, de vente ou de conservation d’un titre. TotalEnergies SE (EPA : TTE) est discuté à titre informatif et pédagogique uniquement.

    Toutes les déclarations prospectives, y compris les scénarios de prix du Brent, les estimations de juste valeur et les projections de cash-flow, sont spéculatives et fondées sur l’interprétation par l’auteur des communications de l’entreprise et des conditions de marché. Elles comportent une incertitude substantielle. Les événements géopolitiques sont par nature imprévisibles. Les performances passées et les résultats financiers historiques ne préjugent pas des rendements futurs.

    Sources principales : rapport annuel FY2025 de TotalEnergies, présentations investisseurs, recherche de courtage accessible au public, données de marché au 5 avril 2026. Certains chiffres sont des approximations dérivées de ces sources.

    L’auteur détient une position sur TotalEnergies SE à la date de rédaction, ayant cédé environ la moitié de sa position près des cours actuels ces derniers jours. Cette vente est cohérente avec l’avis exprimé dans ce rapport : l’entreprise est excellente, mais le rapport risque/rendement à 79 € favorise la prise de bénéfices plutôt que le renforcement. L’auteur ne reçoit aucune rémunération de TotalEnergies. Les lecteurs doivent prendre en compte cette position et cette activité récente dans leur évaluation des opinions ci-dessus, conduire leurs propres analyses et consulter un conseiller financier qualifié avant toute décision d’investissement. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi.

  • PER : Le Guide Complet du Plan Épargne Retraite en 2026

    PER : Le Guide Complet du Plan Épargne Retraite en 2026

    Le Plan Épargne Retraite permet aux contribuables français de déduire leurs versements de leur revenu imposable. Pour une personne à TMI (taux marginal d’imposition) 30%, verser 10 000€ sur un PER réduit l’impôt de 3 000€ l’année même. À TMI 45%, l’économie monte à 4 500€. La contrepartie : l’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions.

    Le plan épargne retraite (PER) a remplacé les anciens PERP, Madelin et contrats Article 83 depuis 2019. Il est plus souple, mieux encadré, et accessible en ligne avec des frais nettement plus bas qu’en banque traditionnelle.

    L’essentiel à retenir

    • Le PER rĂ©duit vos impĂ´ts dès la première annĂ©e si votre TMI est de 30% ou plus
    • 10 000€ versĂ©s = Ă©conomie d’impĂ´t de 3 000€ (TMI 30%) Ă  4 500€ (TMI 45%)
    • Plafond de dĂ©duction 2026 : entre 4 710€ et 37 680€ pour les salariĂ©s, jusqu’à 88 911€ pour les TNS (travailleurs non-salariĂ©s)
    • L’argent est bloquĂ© jusqu’à la retraite, sauf 6 cas de dĂ©blocage anticipĂ© dont l’achat de la rĂ©sidence principale
    • Les meilleurs plans Ă©pargne retraite en ligne facturent 0€ de frais d’entrĂ©e et 0,5% de frais de gestion annuels

    Le PER, c’est quoi ?

    Le Plan Épargne Retraite est une enveloppe fiscale créée par la loi PACTE en 2019. Vous versez de l’argent. Cet argent est déduit de vos revenus imposables l’année du versement. En contrepartie, il reste bloqué jusqu’à votre départ en retraite.

    Trois types de PER existent :

    • PERin (individuel) : vous le souscrivez vous-mĂŞme auprès d’une banque, d’un assureur ou d’un gestionnaire en ligne. C’est celui qui concerne la plupart des lecteurs.
    • PERO (obligatoire en entreprise) : l’employeur met en place un PER avec des cotisations obligatoires. Le salariĂ© peut ajouter des versements volontaires.
    • PERECO (collectif d’entreprise) : un PER collectif proposĂ© par l’employeur, avec versements individuels possibles.

    Cet article traite du PERin (plan épargne retraite individuel). C’est celui que vous ouvrez de votre propre initiative pour optimiser votre fiscalité.

    Le PER est une enveloppe, pas un placement

    Beaucoup de gens confondent le plan épargne retraite avec un produit financier. Le PER est une enveloppe fiscale. Ce que vous mettez dedans détermine votre rendement et votre risque.

    À l’intérieur d’un PER, vous pouvez investir dans :

    • Le fonds euros : capital garanti par l’assureur. Aucun risque de perte. Les meilleurs fonds euros ont rapportĂ© environ 3% net en 2025.
    • Les unitĂ©s de compte (UC) : ETF, actions, obligations, SCPI, private equity. Le rendement potentiel est plus Ă©levĂ©, le risque aussi.

    Vous choisissez entre gestion libre (vous sélectionnez les supports) et gestion pilotée (le gestionnaire alloue votre argent selon votre profil). La gestion pilotée coûte entre 0,5% et 1,3% de frais supplémentaires par an.

    Le choix dépend de votre âge et de votre tolérance au risque. À 35 ans avec un horizon de 30 ans, un portefeuille 100% UC (actions/ETF) se justifie. À 55 ans, un mix plus prudent (50% fonds euros, 50% UC) limite les mauvaises surprises à l’approche de la retraite. À 62 ans, le fonds euros prend une place dominante.

    Discutez-en avec un conseiller financier ou un conseiller en gestion de patrimoine. Le plan épargne retraite n’est que le contenant ; c’est le contenu qui détermine ce que vous gagnez, ou perdez.

    L’avantage fiscal à l’entrée

    Vous versez 10 000€ sur votre PER. Cette somme est déduite de vos revenus imposables. Votre impôt baisse l’année même.

    L’économie dépend de votre taux marginal d’imposition (TMI), le taux qui s’applique à la tranche la plus haute de vos revenus, pas à l’ensemble de vos revenus :

    TMI Économie d’impôt sur 10 000€ Coût réel du versement
    0%0€10 000€
    11%1 100€8 900€
    30%3 000€7 000€
    41%4 100€5 900€
    45%4 500€5 500€

    À TMI 0%, le PER n’a aucun intérêt fiscal : vous bloquez 10 000€ sans rien gagner. À TMI 11%, le gain existe (1 100€), mais reste faible au regard du blocage de l’épargne. Le plan épargne retraite prend son sens à partir de TMI 30%, où le versement vous coûte 7 000€ au lieu de 10 000€.

    C’est pourquoi le PER s’adresse aux cadres, aux indépendants et aux contribuables avec des revenus élevés. Si vous êtes à TMI 11%, l’assurance-vie ou le PEA sont presque toujours des meilleurs choix

    Le plafond de déduction

    Vous ne pouvez pas tout déduire. Un plafond annuel limite les versements déductibles.

    Pour 2026 (revenus 2025), le plafond est le plus élevé des deux montants suivants : 10% de vos revenus professionnels nets de 2025, ou le minimum forfaitaire.

    Statut Plafond minimum Plafond maximum
    Salarié / retraité / inactif4 710€37 680€
    Travailleur non-salarié (TNS)4 806€88 911€

    Si vous gagnez 60 000€ nets en 2025, votre plafond de déduction PER est de 6 000€ (10% de 60 000). Si vous gagnez 500 000€, le plafond est plafonné à 37 680€ pour un salarié.

    Les plafonds non utilisés se reportent sur les 5 années suivantes (nouvelle règle applicable aux versements 2026). Si vous n’avez rien versé les années précédentes, vous pouvez rattraper le retard en un seul versement. Vérifiez votre cumul disponible avant de verser.

    OĂą trouver votre plafond

    Ouvrez votre dernier avis d’imposition. En dernière page, une rubrique « Plafond Épargne Retraite » indique le montant maximum que vous pouvez déduire. Ce chiffre tient compte de vos versements passés et des plafonds reportés. C’est votre référence et c’est la seule source d’informations que vous devez considérer comme réellement fiable.

    Plafond plan épargne retraite sur un avis d'imposition
    Exemple : le plafond Ă©pargne retraite sur un avis d’imposition

    Vous le trouverez aussi sur impots.gouv.fr, dans la section « Consulter mes déclarations et avis » → votre dernier avis d’impôt sur le revenu → dernière page.

    Couples mariés ou pacsés

    Chaque conjoint dispose de son propre plafond, calculé sur ses revenus individuels. Les couples mariés ou pacsés avec imposition commune peuvent mutualiser leurs plafonds : si l’un des conjoints n’a pas de revenus ou des revenus faibles, le couple peut utiliser le plafond inutilisé de l’autre conjoint. Cette option se coche dans la rubrique « Épargne retraite » de votre déclaration de revenus. Vérifiez le formulaire de l’année en cours ou demandez à votre expert-comptable.

    Limite d’âge

    À partir de 70 ans, vous ne pouvez plus bénéficier de la déduction fiscale sur vos versements sur le plan épargne retraite. Vous pouvez continuer à verser, mais sans avantage fiscal à l’entrée. Planifiez vos versements en conséquence.

    Ce qui se passe Ă  la sortie

    À la retraite, vous récupérez votre argent de deux façons : en capital (un versement unique ou fractionné) ou en rente viagère (un revenu mensuel à vie). Chaque option a sa propre fiscalité.

    Sortie en capital

    Si vous avez déduit vos versements à l’entrée (cas le plus courant) :

    • Sur les versements : imposĂ©s au barème progressif de l’impĂ´t sur le revenu. Ils s’ajoutent Ă  vos autres revenus l’annĂ©e du retrait.
    • Sur les gains (plus-values) : soumis au PFU (prĂ©lèvement forfaitaire unique) de 30%, soit 12,8% d’impĂ´t sur le revenu + 17,2% de prĂ©lèvements sociaux.
    • Vous pouvez donc utiliser ces versements lors d’annĂ©es oĂą vous avez moins de revenus afin d’éviter de trop vous exposer Ă  l’impĂ´t sur le revenu

    Sortie en rente viagère

    La rente est imposée comme une pension de retraite : ajoutée à vos autres pensions, soumise au barème de l’IR après un abattement de 10% (plafonné), puis aux prélèvements sociaux de 17,2%.

    Simulation : le gain réel du PER

    Prenons un cas concret. Vous versez 10 000€ pendant votre vie active à TMI 41%. L’argent fructifie et atteint 15 000€ (5 000€ de gains). À la retraite, votre TMI descend à 11%. Vous sortez en capital.

    Étape Montant
    Économie d’impôt à l’entrée (TMI 41%)+ 4 100€
    ImpĂ´t Ă  la sortie sur les versements (TMI 11%)– 1 100€
    PFU sur les gains de 5 000€ (30%)– 1 500€
    Gain fiscal net+ 1 500€
    Capital net perçu12 400€

    Vous rĂ©cupĂ©rez 12 400€ nets, alors que le versement ne vous a coĂ»tĂ© que 5 900€ (10 000€ – 4 100€ d’économie d’impĂ´t). L’écart entre votre TMI actif et votre TMI retraitĂ© crĂ©e le gain. Plus cet Ă©cart est grand, plus le PER rapporte. Il vous bien sĂ»r diffĂ©rencier l’économie d’impĂ´t d’un gain Ă©ventuel du placement qui est soit limitĂ© ((fonds euros) soit avec un risque de perte

    Autre scénario : sortie à TMI 0% à la retraite. L’impôt sur les versements tombe à 0€. Vous ne payez que le PFU sur les gains (1 500€). Net perçu : 13 500€.

    Scénario défavorable : si votre TMI à la retraite reste identique à celui de la vie active (30% → 30%), le gain fiscal est nul. Vous avez reporté l’impôt, pas réduit. Le PER ne vaut le coup que si vous anticipez un TMI plus bas à la retraite — ce qui est le cas de la majorité des contribuables.

    Les limites : l’argent est bloqué

    Le PER offre un avantage fiscal en échange d’un blocage. Vous ne pouvez pas retirer votre argent avant la retraite, sauf dans six cas prévus par la loi :

    1. Décès du conjoint ou du partenaire de PACS
    2. Invalidité du titulaire, du conjoint ou d’un enfant (catégorie 2 ou 3)
    3. Surendettement reconnu par la commission de la Banque de France
    4. Expiration des droits au chĂ´mage
    5. Cessation d’activité non-salariée suite à une liquidation judiciaire
    6. Achat de la résidence principale

    Le sixième cas est celui qui intéresse les jeunes actifs. Vous pouvez débloquer votre PER pour financer l’achat de votre résidence principale, même avant la retraite. Condition : le bien doit être votre résidence principale. Exception : les versements issus de cotisations PERO obligatoires ne sont pas éligibles à ce déblocage.

    Attention : le déblocage pour résidence principale est fiscalisé. Les versements déduits sont réintégrés dans vos revenus imposables (barème IR), et les gains sont soumis au PFU de 30%. Ce n’est pas un retrait gratuit.

    Les cinq autres cas (décès, invalidité, surendettement, chômage, cessation d’activité) bénéficient d’une exonération totale d’impôt sur le revenu sur les versements. Seuls les prélèvements sociaux de 17,2% s’appliquent sur les gains.

    PER ou Assurance-Vie ?

    Le PER et l’assurance-vie sont les deux enveloppes fiscales les plus utilisées en France. Elles ne s’adressent pas aux mêmes besoins.

    PER Assurance-Vie
    Déduction à l’entréeOui (barème IR)Non
    DisponibilitéBloquée sauf 6 casLibre à tout moment
    Fiscalité sortieIR sur versements + PFU sur gainsAprès 8 ans : abattement 4 600€ (seul) / 9 200€ (couple) sur les gains
    Plafond versementOui (lié au revenu)Non
    SuccessionRégime assurance-vie (152 500€/bénéficiaire si décès avant 70 ans)Régime assurance-vie (152 500€/bénéficiaire si versements avant 70 ans)
    Idéal pourTMI 30%+, horizon retraiteÉpargne disponible, transmission, tout TMI

    Si votre TMI est de 30% ou plus et que vous avez du cash à investir sur 15 ans minimum, le PER est le bon outil. Si vous avez besoin de flexibilité ou si votre TMI est en dessous de 30%, l’assurance-vie fait mieux. Vous pouvez aussi penser au PEA donc nous parlerons dans un autre article

    En pratique, beaucoup de contribuables à TMI 30%+ utilisent les deux : un PER pour épuiser le plafond de déduction chaque année, et une assurance-vie pour le reste de l’épargne.

    Comment ouvrir un PER et lequel choisir

    Ouvrir un PER prend quelques jours. Vous choisissez un fournisseur, vous remplissez un formulaire en ligne, vous fournissez une pièce d’identité et un justificatif de domicile. Le contrat est activé sous 48 à 72 heures chez la plupart des gestionnaires en ligne. Pensez-y tout de même avant la fin de l’année pour ne pas être sous pression des délais. Les versements doivent en effet être effectué avant la fin de l’année sinon ce sera uniquement valide pour l’année suivante

    Surveillez quatre éléments :

    • Frais d’entrĂ©e : les PER bancaires prĂ©lèvent souvent 2% Ă  5% sur chaque versement. Les meilleurs PER en ligne facturent 0%.
    • Frais de gestion sur les UC : frais annuels prĂ©levĂ©s sur votre encours. L’écart va de 0,5% (Linxea) Ă  plus de 1% (banques traditionnelles). Sur 30 ans, la diffĂ©rence se chiffre en milliers d’euros.
    • Choix de supports : ETF, SCPI, actions en direct, private equity. Les meilleurs contrats proposent plus de 700 supports.
    • QualitĂ© du fonds euros : le rendement varie de 1,5% Ă  3%+ selon les contrats. Sur du long terme, cet Ă©cart compte.

    Les meilleurs PER en ligne en 2026

    PER Frais d’entrée Frais gestion UC Supports Fonds euros (2025) Gestion
    Linxea Spirit PER0%0,50%700+3,08%Libre ou pilotée
    Placement-Direct PER (Swisslife)0%0,60%600+~2,5%Libre ou pilotée
    Ramify PER0%1,30% all-inPilotée—Pilotée uniquement
    Yomoni PER0%1,60% all-inPilotée—Pilotée uniquement

    Linxea Spirit PER est le contrat le plus complet : frais les plus bas du marché en gestion libre, le plus grand choix de supports (ETF, SCPI avec 100% des loyers reversés, private equity), et un fonds euros parmi les meilleurs. J’utilise Linxea pour mon propre PER.

    Pour ceux qui préfèrent déléguer l’allocation, Ramify propose une gestion pilotée à base d’ETF avec des frais raisonnables (1,3% all-in) et de bonnes performances historiques.

    Évitez les PER distribués par les banques traditionnelles (Crédit Agricole, BNP, Société Générale). Les frais d’entrée (2-5%), les frais de gestion élevés (1%+) et le choix restreint de supports grignotent votre rendement année après année.

    En cas de décès

    Si le titulaire décède avant 70 ans, le PER suit le régime fiscal de l’assurance-vie : chaque bénéficiaire désigné dans le contrat reçoit jusqu’à 152 500€ exonérés de droits de succession. Au-delà, un prélèvement de 20% s’applique (puis 31,25% au-dessus de 700 000€).

    Si le titulaire décède après 70 ans, l’abattement global est de 30 500€ (tous bénéficiaires confondus), puis les sommes sont soumises aux droits de succession selon le lien de parenté.

    Désignez vos bénéficiaires dans le contrat PER. Sans clause bénéficiaire, le capital tombe dans la succession et perd l’avantage fiscal.

    Questions fréquentes

    Le PER est-il intéressant à TMI 11% ?

    Rarement. L’économie fiscale est de 1 100€ pour 10 000€ bloqués jusqu’à la retraite. L’assurance-vie offre une meilleure flexibilité pour un gain comparable après 8 ans. Exception : si vous prévoyez un achat immobilier et voulez utiliser le déblocage résidence principale, le PER peut servir de véhicule d’épargne temporaire.

    Puis-je transférer un ancien PERP vers un PER ?

    Oui. Le transfert est possible et souvent avantageux : les anciens PERP ont des frais plus élevés et moins de flexibilité. Votre assureur actuel doit vous fournir les conditions de transfert. Attention aux frais de transfert : pour un ancien produit (PERP, Madelin) vers un PER, les frais sont plafonnés à 5% de l’encours si le contrat a moins de 10 ans, et 0% au-delà. Pour un transfert de PER vers un autre PER, le plafond est de 1% si le contrat a moins de 5 ans, et 0% au-delà.

    Le PER réduit-il les revenus fonciers ?

    Non. Les versements PER se déduisent du revenu global (salaires, BIC, BNC, revenus de gérance), pas des revenus fonciers. Si vous êtes propriétaire bailleur, le PER ne réduit pas l’impôt sur vos loyers.

    Puis-je avoir plusieurs PER ?

    Oui. Votre plafond de déduction annuel est unique, mais il s’applique à la somme de tous vos versements PER. Avoir plusieurs PER peut diversifier les supports et les assureurs, mais surveillez la complexité administrative.

    Les gains dans le PER sont-ils imposés chaque année ?

    Non. Les dividendes, intérêts et plus-values générés à l’intérieur du PER ne sont pas imposés annuellement. L’impôt ne frappe qu’au moment du retrait. Sur 30 ans, cette capitalisation sans frottement fiscal peut représenter plusieurs milliers d’euros de gains supplémentaires par rapport à un compte-titres ordinaire imposé chaque année.

    Barème de l’impôt sur le revenu 2026

    Pour référence, voici les tranches applicables aux revenus 2025, déclarés en 2026 :

    Tranche de revenu par part Taux
    Jusqu’à 11 600€0%
    De 11 601€ à 29 579€11%
    De 29 580€ à 84 577€30%
    De 84 578€ à 181 917€41%
    Au-dessus de 181 917€45%

    Source : Service-Public.fr, barème 2026 revalorisé de 0,9%.

    Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique. Les situations fiscales varient selon les circonstances personnelles, le statut matrimonial et la juridiction. Consultez un conseiller fiscal ou un expert-comptable pour un avis adapté à votre situation.